Jago-Antoine Véronique

Née à Liège, Véronique Jago-Antoine vit à Tervuren, en lisière de la forêt de Soignes. Romaniste et philosophe, elle a trouvé aux Archives et Musée de la Litté- rature un cadre propice au questionnement des relations entre la littérature et les arts plastiques. Auteur de nombreux articles sur des écrivains aussi différents qu’Emile Verhaeren, Jean de Boschère ou Henry Bauchau, elle signe, avec Le Silence en éclats, son premier recueil.

Affronter la tyrannique exigence des mots afin de nous conter le silence; voici ce à quoi s,est assignée Véronique Jago. À travers ces douze bribes de silence saisies parmi le flux incessant de notre quotidien, l’auteur nous convie au spectacle intime du monde. Le Silence en éclats est né de la scrutation des mots qui bruissent dans nos silences, et de l’écoute des choses qui parlent sans mots: un reflet impromptu dans une vitre, un bout de ciel entre les arbres, une ride, un soupir.  Les douze moments de l’écriture, se référant aux prédelles médiévales merveilleusement réinterprétées par Alechinsky, scandent un temps symbolique, pareil au tour d’horloge inéluctable qui enclôt le parcours d’une vie. Le silence, leitmotiv de cette partition, est dense, presque palpable. Sporadique et multiple, tour à tour coloré, lumineux, odorant, il est garant d’une expérience du monde en dehors du langage, à travers le prisme de nos sensations. Le rythme de l’écriture, modelé par le poids des silences, laisse la sensation confuse d’un réveil « au bord d’un jour trop grand». Dans un éternel présent, le temps bégaie incognito, les phrases sont avortées et disjointes, les mots et la ponctuation diffractés.